La Source

Les lieux-dits du Tartre et de Champagne, consacrés à l’agriculture, comportent peu d’habitations au cadastre de 1825.

Divers propriétaires se succèdent à la tête d’un domaine de cinq hectares, situé au lieu-dit « Tartre » : Jean-Pierre Brunier, de 1815 à 1845 ; M. Malinas, de 1845 à 1850 ; M. Gros, de 1850 à 1874 ; et Joseph Corron, teinturier lyonnais, de 1874 à 1890, qui loue le domaine à M. Duquaire, domicilié à Lyon.

Le 27 septembre 1890, Jean Victor Athanase Bizot (1845-1931) et son épouse, née Marie Gabrielle Caroline Lalouette, domiciliés à Lyon, achètent le domaine à Joseph Corron.

Victor Bizot est alors l’un des associés de la maison Chabrières-Morel, marchands de soie à Lyon.

Le jour même de l’achat, Victor adresse cette lettre à son fils Adrien :

« Je viens vous annoncer que je viens d’acheter, avec votre mère, la propriété Corron car le propriétaire n’a voulu louer à aucun prix… et j’en suis tout ému. C’est une lourde charge que nous prenons là et nous comptons sur vous pour nous aider à vivre aussi économiquement que possible. Nous avons pris cette décision dans notre intérêt pour assurer votre indépendance et nullement pour vous donner des idées de luxe… J’espère que Dieu bénira notre décision, car nous l’avons prié de nous inspirer. »

Cette lettre témoigne de l’intégrité, de la modestie et de la rigueur de son auteur. Victor Bizot ne supporte ni les discussions ni les plaisanteries. Son caractère inquiet, que la famille désigne par le verbe « bizoter », s’accentue à la fin de sa vie avec la cécité et la surdité.

Le couple Bizot habite rue Sala, à Lyon, et passe l’été dans sa vaste propriété de La Source, à Écully. Dans ce cadre de la Belle Époque, il reçoit les familles de ses cinq enfants, tout en restant à l’écart des autres villégiateurs lyonnais d’Écully.

Dans sa jeunesse, Victor Bizot n’a toutefois pas toujours vécu à Lyon. Après des études de droit, il passe plusieurs années en Angleterre dans une maison de négoce. Pendant la guerre de 1870, il est fait prisonnier lors du siège de Neuf-Brisach et détenu à Dresde avec Victor Lalouette, dont il épouse la sœur en 1872. Il devient ensuite conseiller du commerce extérieur, membre de la commission des Douanes et administrateur de la Caisse d’épargne de Lyon.

De novembre 1886 à mai 1887, il effectue un tour du monde dont il tire un livre, Six mois autour du monde, publié en 1891.

Le domaine acquis en 1890 comprend une grande maison d’habitation, une orangerie, une grange, une écurie, une remise à voitures, le logement du jardinier, une serre et une chapelle. Il comporte également une cour, une terrasse, une salle d’ombrage, un jardin, des bois, un verger et un terrain en partie clos de murs.

La propriété comprend aussi un jardin potager de 70 ares, situé de l’autre côté de la route départementale. Entièrement clos de murs, il est agrémenté d’une pièce d’eau au centre de laquelle s’élève un cèdre du Liban centenaire.

Après son acquisition, Victor Bizot baptise la propriété « La Source », en référence à une source d’eau fraîche et de très bonne qualité qui se déverse dans un bac rectangulaire en pierre, à droite du portail. Elle est alimentée par une canalisation provenant d’un souterrain situé sous la petite chapelle.

En 1903, Victor Bizot achète, au 31 de la route de Champagne, la propriété dite « La Sauvegarde », appartenant à Jean Golliard et Rose Foray, horticulteurs à Écully. Cette maison est occupée par sa fille aînée, Marie-Louise (1873-1945), épouse de Marie Charles Conrad de Fromont de Bouaille. Devenue veuve en 1912, avec huit enfants, elle les élève seule, avec abnégation et une grande force d’âme.

Son fils Yves écrit :

« Ma pauvre mère était une sainte. Elle allait tous les jours à la messe à Saint Jean et nous faisions la prière en famille devant la cheminée dans la chambre des sœurs. À la Source nous nous tenions le soir autour de la table couverte de “Lectures pour Tous” reliées en bleu, maman disait son chapelet, Cécile jouait du piano, on était heureux. »

La maison est ensuite occupée jusqu’en 1965 par Thérèse, fille de Marie-Louise et épouse de Raymond Baudot.

En 1909, Victor Bizot achète, au 29 de la route de Champagne, la propriété « Bellevue », maison de campagne des descendants du baron Raverat. Elle est habitée par une autre de ses filles, Julie Marie Madeleine (1884-1969), épouse d’Édouard de Pradel de Lamaze.

Victor Bizot décède à son domicile lyonnais en 1931. Son épouse conserve la propriété jusqu’à son décès, survenu à Écully le 9 juin 1939.

En 1940, leur fille Jeanne Joséphine Germaine (1893-1987), épouse de Hubert de Gasquet, hérite du domaine.

Le terrain occupé par le potager, de l’autre côté de la route départementale, est vendu le 17 avril 1961 dans le cadre d’une expropriation liée au projet d’aménagement de La Duchère.

En 1964, Germaine de Gasquet vend le reste de la propriété à la société HLM de la Caisse d’épargne de Lyon. Celle-ci fait démolir la maison pour construire les immeubles qui prennent le nom de « Les Sources » en 1966 et s’étendent sur l’ensemble des propriétés attenantes.

Les propriétés de Mme Baudot et de Mme de Lamaze sont vendues à la même époque au même acquéreur. Mme de Lamaze conserve la jouissance de sa maison jusqu’à son décès, en 1969. La maison subsiste encore quelques années sous le nom de « Maison du quartier », avant d’être démolie en 2021.